Diététique & Insuffisance Rénale : Questions/Réponses…

Pascale Lefuel Pascale Lefuel le 25 novembre 2016

Voici un éventail de questions souvent posées par les patients en insuffisance rénale terminale ou dialysés, et auxquelles a tenté de répondre  Aurélie THIERY, notre diététicienne. Le sujet n’est pas traité d’une façon exhaustive.

1 – Pourquoi faut-il manger moins de protéines lorsqu’on est en insuffisance rénale avancée, et que l’on ne dialyse pas encore ?

Pour bien comprendre commençons par rappeler que notre corps a besoin de protéines pour son bon fonctionnement puisqu’elles interviennent à différents niveaux (renouvellement des tissus musculaires, des cheveux, ongles, poils, de la matrice osseuse, de la peau / participation à de nombreux processus physiologiques, par exemple sous la forme d’enzymes digestives, d’hormones, d’anticorps…). Certains acides aminés, unité de base composant les protéines, ne peuvent pas être produits par le corps et doivent donc lui être apportés via notre alimentation. Après consommation, digestion et absorption, les protéines sont utilisées pour les besoins du corps ; leur produit de dégradation appelé l’urée est éliminé par l’urine, au niveau du rein. Le rein joue en ce sens le rôle d’une usine d’épuration : en cas de déchets en quantité plus importante, le rein endure une surcharge de travail qui accélère sa dégradation. Voilà pourquoi lors d’insuffisance rénale chronique non dialysée, les recommandations visent à limiter (et non à supprimer !) les protéines.

2 – Je vais commencer la dialyse et on me dit maintenant d’augmenter mon apport en protéines ?… Je ne comprends pas !? 

Au moment où mon insuffisance rénale s’aggrave au point de devoir commencer la dialyse, le message change. En effet c’est comme si l’usine d’épuration acquerrait une nouvelle technologie : le traitement des déchets s’en trouve complètement modifié. En cas de dialyse, il y a une perte d’acides aminés – unités de base des protéines- en lien avec la technique utilisée (au niveau du filtre pour l’hémodialyse ou du dialysat pour la dialyse péritonéale). Cela a pour conséquence une augmentation des besoins protéiques et un risque de malnutrition protéino-énergétique majoré en cas de déficit.

3 – On m’a conseillé de diminuer mes apports en sel, car je suis actuellement en hémodialyse, qu’en sera-t-il quand je serai greffé ?

Si une grande partie des recommandations change après la greffe, certaines demeurent essentielles comme la restriction sodée, notamment à cause de la prise de cortisone (qui augmente la rétention de sodium). Ainsi vous viserez soit 6g de sel par jour au maximum soit selon les recommandations pour la population en bonne santé, soit 3 à 4 g/j en cas de rétention sodée.

En revanche, vous n’entendrez plus parler de limitations en potassium, ni en phosphore : vous serez donc plus libres dans le choix de vos modes de cuisson et le trempage ou la cuisson à grande eau des légumes et pommes-de-terre ne seront plus nécessaires. Votre objectif principal sera la stabilité pondérale (au vu du risque augmenté de prise de poids) et les recommandations se limiteront à une alimentation variée, équilibrée, pauvre en sel et sans pamplemousse (et ses dérivés) à cause de son interaction avec les médicaments anti-rejets.

4 – J’ai un petit faible pour le chocolat, on m’a déconseillé d’en manger, car il est riche en potassium… Auriez-vous une astuce ?

Si vous êtes dialysé, vous pouvez faire quelques entorses au régime pauvre en potassium en consommant du chocolat (ou tout autre aliment riche en potassium) pendant la séance de dialyse. Par ailleurs sachez que si vous vous limitez à 1 carreau/j , en évitant le chocolat avec noisettes, amandes, raisins… et en contrôlant le reste de votre alimentation vous ne devriez pas dépasser les recommandations. Si besoin votre médecin pourra vous prescrire un médicament appelé chélateur du potassium (ex. Résonium®) : certains patients arrivent à gérer les écarts de régime ponctuels en prenant ce médicament seulement en cas d’apport alimentaire majeur en potassium.

En ce qui concerne la teneur en potassium, il est vrai que le chocolat blanc en contient légèrement moins que le chocolat au lait ou le noir… même si, j’en conviens, le chocolat blanc ne détrônera jamais au niveau gustatif un bon carreau de chocolat noir ou une branche de chocolat au lait !

5 – Je souffre énormément de démangeaisons, et le néphrologue m’a dit que cela venait de mon taux élevé de phosphates, il m’a prescrit un médicament… En pratique, que puis-je faire de mon coté ?

Les démangeaisons peuvent être mises sur le compte d’un taux sanguin de phosphates trop élevé (hyperphosphatémie), en partie lié à une alimentation trop riche en phosphates dans le contexte d’une maladie rénale. La solution pour diminuer ce dernier consiste à faire un meilleur choix d’aliments et à sélectionner pour une même famille alimentaire les aliments les plus adaptés à la situation (pauvre ou riche en protéines selon le traitement ET pauvre en phosphates…). Il me semble que c’est précisément dans cette recherche que la diététicienne peut vous aider à y voir plus clair. Vous pouvez aussi retenir pour commencer que les aliments industriels, certains fromages/charcuteries et sodas sont parfois enrichis en phosphates quasi-totalement absorbables sous forme d’additifs alimentaires à base de phosphore… et qu’ils sont absolument à éviter. Vous trouverez via ce lien une liste des aliments selon leur teneur en phosphore par ordre décroissant: valeursnutritives.ch (sélectionner nutriments / phosphore / > / rechercher).

6 – Je suis en hémodialyse depuis 2 ans, et maintenant je n’urine plus. La restriction hydrique m’est de plus en plus pénible… Quels conseils pouvez-vous me donner ?

De petites astuces peuvent vous aider à mieux vivre la restriction hydrique. Tout d’abord vous privilégierez des repas/boissons pauvres en sel et en sucre et modérément épicés, pour éviter de stimuler votre sensation de soif. Dans le même but, vous vous couvrirez dans une juste mesure et veillerez à une température ambiante raisonnable afin de ne pas avoir une sensation de soif liée à la chaleur et à la déshydratation. Vous boirez lentement par petites gorgées, jamais à la bouteille mais dans un verre de petite taille. Vous laver les dents, sucer des glaçons, une rondelle de citron, des bonbons/chewing-gums sans sucre peut apporter un sentiment de fraîcheur sans apporter nécessairement du liquide à l’organisme. L’utilisation d’un brumisateur peut vous aider à lutter contre la bouche sèche à condition que son utilisation soit limitée.

Aurélie Thiery

Aurélie Thiery

Un grand merci à Aurélie,  pour avoir répondu aux questions… pour plus d’informations ou pour des questions plus personnelles, elle reste à votre disposition…

J’adresse également des remerciements  à Valérie VIATTE (diététicienne pour les patients greffés), Sylvain HO SIU-WEI (diététicien) & Dresse Anne DUFEY-TESO pour leur relecture.

Pascale Lefuel

Publié par Pascale Lefuel

Infirmière spécialiste clinique de néphrologie.

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