Piquage de la fistule artério-veineuse: Avantages et Inconvénients de la méthode de la boutonnière

Bernadette Gombert le 12 juillet 2014

Sébastien Caillot, infirmier, travaille depuis 5 ans dans le service de dialyse des Hôpitaux Universitaire de Genève (HUG). Il a brillamment obtenu le CAS SPIR (Certificate Advanced Studies en Soins aux Personnes en Insuffisance Rénale). Pour obtenir ce certificat, il a fait une recherche sur les avantages et les inconvénients de la ponction de la fistule artério-veineuse (FAV) avec la méthode de la boutonnière. Je reprends, ci-dessous, avec son autorisation,  ses réflexions et ses conclusions.

Il a été démontré que le meilleur accès vasculaire pour l’hémodialyse était la fistule artério-veineuse (FAV) (1). Il existe deux techniques  pour piquer les FAV. Soit on pique avec des aiguilles tranchantes selon une technique dite en échelle de corde (Rope-ladder rotation), soit on utilise des aiguilles émoussées selon la méthode de la boutonnière (Buttonhole, BH). Les deux techniques ont un même but : permettre le traitement du patient et son branchement à la machine de dialyse.

La ponction en échelle de corde: L’infirmier a piqué avec des aiguilles tranchantes       (photo HUG)

 

La méthode dite en boutonnière consiste à canuler la fistule à l’aide d’aiguilles émoussées qui sont arrondies, en les plaçant tout le temps au même endroit, dans un tunnel préalablement constitué avec des aiguilles tranchantes.

Avant de glisser l'aiguille dans son tunnel, il faut enlever aseptiquement le petit caillot de la dernière dialyse.

Avant de glisser l’aiguille dans son tunnel, il faut enlever aseptiquement la croûte de la dernière dialyse. (photo HUG)

Avantages et  inconvénients du Buttonhole

Il ressort que la ponction avec cette méthode entraînerait moins de douleur, diminuerait les échecs de « canulation » et éviterait la formation d’hématome et d’anévrisme (2).

La boutonnière faciliterait le travail de l’infirmière en rendant le cathétérisme facile.

Dans une étude canadienne (3) sur 8 semaines, reposant sur 140 patients répartis moitié en piquage en boutonnière et moitié en technique en échelle de corde, il ressort qu’il n’y a pas de différence flagrante entre les deux techniques au niveau de la douleur (l’évaluation était faite à l’aide d’une Echelle Visuelle Analogique), ainsi qu’au niveau du temps d’hémostase (arrêt du saignement après le retrait de l’aiguille à la fin de la dialyse)

Par contre, les hématomes sont plus importants avec le piquage en Rope-Ladder.

La grosse différence réside surtout sur les complications infectieuses : il y a deux fois plus d’infection au niveau de la FAV chez les patients piqués en Buttonhole par rapport  aux patients piqués en Rope-Ladder.

Dans cette autre étude (4), sur 60 patients, avec 30 patients en Buttonhole, et un groupe témoin de 30 patients avec piquage en échelle de corde, il ressort que le groupe Buttonhole a rencontré plus de douleurs, plus d’hématome, et plus d’infection que le groupe témoin.

A l’inverse, dans cette étude(5) anglaise  de 2013, il n’y a pas d’augmentation du taux d’infection chez les patients piqués en boutonnière.

Mais elle ne signale pas de différences significatives dans le temps d’hémostase ni dans le ressenti de la douleur.

En cherchant des éléments contradictoires, afin d’avoir un panel d’étude varié, j’ai pu trouver dans une  publication thaïlandaise(6) de 2012 que la technique de la boutonnière permettait de réduire le temps d’hémostase après le retrait de l’aiguille, et entraînait également moins de douleurs au moment de canuler la FAV.

Par contre, les complications infectieuses ne sont pas traitées dans cette publication.

Afin d’avoir une vision plus large de l’intérêt ou non pour le patient du piquage en Buttonhole,  nous pouvons également nous intéresser aux éventuelles différences biologiques et mécaniques résultants de la différence de piquage.

Dans cette étude (7) coréenne, on peut retrouver comme dans certaines études les avantages concernant le temps d’hémostase plus rapide, ainsi que les douleurs moindres rencontrées lors du piquage en Buttonhole.

Elle met également en avant un stress moins important pour l’infirmière qui pique un patient en Buttonhole, particularité qui n’avait pas encore été relevé.

Mais ce qui est notamment intéressant dans cette publication, c’est qu’elle a étudié les retentissements biologiques et mécaniques du piquage en Buttonhole : le débit sanguin de la FAV, et la qualité de la dialyse en mesurant le Kt/V qui est un critère qui permet de dire si le patient est bien traité.

A la lecture des résultats, on peut s’apercevoir que le piquage en Buttonhole n’entraîne aucune modification, que ce soit au niveau du débit sanguin de l’abord vasculaire, ainsi qu’au niveau de la qualité de la dialyse.

Un autre avantage, la facilité du piquage par l’infirmière, à été décrit dans cette autre étude américaine (8). Les patients inclus étaient globalement très satisfaits de la méthode de piquage en boutonnière.

La facilité d’utilisation par l’infirmière est rarement évoquée dans les études. Cela peut être vérifié en cas de tunnel viable. Mais s’il y a la présence de plusieurs canaux, la tâche est nettement plus compliquée, et seul un membre de l’équipe qui connaît parfaitement bien la fistule peut espérer effectuer le piquage avec succès.

Si le patient le désire, il peut glisser lui-même l'aiguille dans le tunnel. (photo HUG)

Avec la méthode de la boutonnière, si le patient le désire, il peut glisser lui-même l’aiguille dans le tunnel. (photo HUG)

 Conclusion

A la lecture des différentes articles cités, des échanges avec les autres infirmiers, on peut se rendre compte que la technique de piquage en boutonnière n’est pas une technique qui fait l’unanimité, que ce soit auprès des patients et des infirmiers.

Les résultats sont très variés : des avantages cités dans une étude ne seront pas retrouvés dans une autre.

Les complications telles que douleurs, hématomes et surtout les infections des points de ponctions rencontrés lors de l’utilisation des buttonhole, ne permettent pas de dire que cette technique de piquage est plus intéressante pour le patient par rapport à la technique classique, en échelle de corde.

On a pu également voir que la boutonnière n’entraînait aucune modification sur l’efficacité de la dialyse. Faire une boutonnière chez un patient afin d’améliorer la qualité de la dialyse n’est donc pas un critère suffisant.

Par contre, on peut dire que la boutonnière peut être faite en seconde intention chez les patients qui souhaitent se piquer eux-mêmes, ou chez qui, le piquage en échelle de corde est un échec. Essayer de faire une boutonnière dans ces cas là, prendra tout son sens. Dans un prochain article, Sébastien abordera la pratique Genevoise en matière de piquage des fistules.

Références

(1) : Disparities in arteriovenous fistula placement in older hemodialysis patients.

Hemodial Int. 2013 Oct 9. doi: 10.1111/hdi.12099.

Patibandla BK, Narra A, Desilva R, Chawla V, Vin Y, Brown RS, Goldfarb-Rumyantzev AS. Department of Medicine, Saint Vincent Hospital, University of Massachusetts School of Medicine, Worcester, Massachusetts, USA.

(2) : La Technique de la boutonnière, Néphroblog, Dr Vincent Bourquin. www.Nephroblog.org

(3) : A randomized trial comparing buttonhole with rope ladder needling in conventional hemodialysis patients.

Clin J Am Soc Nephrol. 2012 Oct;7(10):1632-8. doi: 10.2215/CJN.02730312. Epub 2012 Jul 19.MacRae JM, Ahmed SB, Atkar R, Hemmelgarn BR.

Faculty of Medicine, Division of Nephrology, University of Calgary, Calgary, Alberta, Canada. Jennifer.macrae@albertahealthservices.ca

(4) : A randomised controlled trial of buttonhole cannulation for the prevention of fistula access complications.          J Ren Care. 2011 Jun;37(2):85-93. doi: 10.1111/j.1755-6686.2011.00211.x. Chow J, Rayment G, San Miguel S, Gilbert M. Area Cardiovascular Stream, Sydney South West Area Health Service, Australia. Josephine.Chow@sswahs.nsw.gov.au

(5) : Effect of buttonhole cannulation with a polycarbonate PEG on in-center hemodialysis fistula outcomes: a randomized controlled trial. Am J Kidney Dis. 2013 Jul;62(1):81-8. doi: 10.1053/j.ajkd.2013.01.011. Epub 2013 Mar 7. Vaux E, King J, Lloyd S, Moore J, Bailey L, Reading I, Naik R.   Renal Unit, Royal Berkshire NHS Foundation Trust, Reading, United Kingdom. emma.vaux@royalberkshire.nhs.uk.

(6) : Buttonhole technique better than area puncture technique on hemostasis and pain associated with needle cannulation. J Med Assoc Thai. 2012 Feb;95 Suppl 2:S208-12 Sukthinthai N1, Sittipraneet A, Tummanittayangkoon B, Vasuvattakul S, Chanchairujira T.

(7) : Clinical effects of buttonhole cannulation method on hemodialysis patients. Hemodial Int. 2013 Apr;17(2):294-9. doi: 10.1111/j.1542-4758.2012.00753.x. Epub 2012 Sep 24.Kim MK, Kim HS. Department of Nursing, Seoul St. Mary’s Hospital, Seoul, Korea.

(8) : Hemodialysis patients’ experience with and attitudes toward the buttonhole technique for arteriovenous fistula cannulation Clinical nephrology    ISSN  0301-0430   CODEN CLNHBI HASHMI A. (1) ; CHEEMA M. Q. (1) ; MOSS A. H. (1 2) ;

(1) Section of Nephrology, Department of Medicine, West Virginia University School of Medicine, ETATS-UNIS

(2) Center for Health Ethics and Law, Robert C. Byrd Health Sciences Center, West Virginia University, Morgantown, WV, ETATS-UNIS

Publié par Bernadette Gombert

4 commentaires

  1. J’aimerais avoir le document comment piquer une fistule artéro-veineuse?

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  2. lefrançois Gaelle 8 novembre 2017 à 20 h 19 min

    je suis un néphrologue de Nantes ,France, qui va débuter avec cette technique récemment une équipe de Paris a montré un poster à Nice (SFNDT) sur le button hole en indiquant qu’ils appliquent du mupiderm (mupirocine) sur la fav au niveau des orifices des tunnels

    le faites vous?

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  3. Moi, je suis dialysé depuis le 16/03/2016, depuis le 18/02/2017
    j’ai des difficultés quant au saignement, après retraits des aiguilles et même après en avoir comprimés les points plus de 20 minutes, il y a t-il de médicaments pour cet état de fait?

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    1. Pascale Lefuel

      Bonjour, Merci pour l’intérêt que vous portez à ce blog. Concernant ce temps d’hémostase allongé, je vous inviterais à voir avec le néphrologue qui vous suit en hémodialyse pour faire un bilan angiologique. Souvent ce que l’on constate dans une situation, comme celle que vous évoquez ce sont des sténoses (rétrécissement) en aval, c’est-à dire plus haut sur la veine artérialisée et qui augmentent la pression en aval. Ce qui a pour conséquence d’augmenter le temps de coagulation du point ponctionné. Par ailleurs, vous pouvez utiliser des compresses hémostatiques (qui stoppent le saignement) du nom de GELFOAM ou TABOTAMP.
      Bon courage pour la suite de votre traitement.

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