Ma maladie, ma greffe, mon défi !

Pascale Lefuel Pascale Lefuel le 9 septembre 2019

Comment m’est venu l’envie d’effectuer un semi-marathon ?

Je dirais que l’élément déclencheur a surtout été ma transplantation.

Sur le point de terminer mes examens finaux de maturité, j’ai été hospitalisé d’urgence aux HUG pour une insuffisance rénale à un stade très avancé. A la sortie des soins intensifs, j’ai appris que mes reins ne fonctionnaient plus suffisamment et qu’il fallait que je reçoive un nouveau rein.

Ce fut un choc car à 18 ans, je vous assure qu’on a de la peine à réaliser ce genre de situation. On ne voyait ça que dans la série télé « Docteur House ». Le plus dur a été de digérer l’information au moment où j’ai compris ce qui se passait. Mes rêves d’un avenir rempli de succès et d’aventures s’effondraient. Mais heureusement, j’ai eu l’incroyable chance d’être entouré d’une famille, d’amis et d’un staff médical exceptionnels. Ce qui m’a – assez rapidement – permis d’entrevoir la lumière au fond du tunnel.

Le 11 septembre 2007, alors que j’avais appris la nouvelle quelques mois avant, j’ai été transplanté. J’ai eu la chance incroyable que mon papa me donne un de ses reins et que les HUG fassent leur maximum afin que cela ait lieu au plus vite.

Muamer Mustajbegovic et son père asis à une terrasse

Muamer Mustajbegovic et son père

Au départ, je ne vous cache pas que c’était très difficile moralement. Cela peut paraitre bizarre mais je m’étais habitué à la dialyse manuelle et surtout au calme de cette période. Suite à cette opération, l’idée que ce rein puisse ne pas fonctionner – malgré tous ces sacrifices – était particulièrement difficile à imaginer. Sans parler de la prise de médicaments non-stop et l’attention toute particulière que l’on doit accorder à notre santé lorsque l’on a un système immunitaire plus bas que la norme.

Néanmoins, j’ai vite pu réaliser les bienfaits de cette solution! Surtout lorsque l’on retrouve une liberté de mouvement et une mobilité totale. Enfin, je pouvais sortir avec mes proches sans devoir me préoccuper des dialyses.

Etant une personne active sportivement. J’ai très vite repris des activités. D’abord du foot entre amis, puis de la natation, du fitness et un peu de course à pieds.

De nature combative et particulièrement fière, malheureusement dans le bon et mauvais sens du terme, j’ai très vite voulu me prouver que je pouvais dépasser ma condition « transplanté ».

J’ai eu l’opportunité de descendre à vélo depuis Genève jusqu’au sud de la France en 5 jours.

J’ai terminé ma maturité et je me suis offert un séjour linguistique à Vienne grâce aux économies faites durant mon stage de maturité.

Finalement j’ai rejoint la Haute Ecole de Gestion de Genève où j’ai fait un Bachelor en Business et Administration tout en travaillant en parallèle pour la société IBM.

Aujourd’hui, je travaille comme assistant de gestion de fortune pour la Banque Julius Baer et je pratique régulièrement de la boxe anglaise.

Pour revenir au semi-marathon, j’ai toujours aimé courir mais jamais plus que 1 heure.

Dans le cadre de mon travail, j’ai eu l’opportunité de participer à un entrainement hebdomadaire de course à pieds. En discutant avec les collègues présents à cet entrainement, j’ai réalisé qu’un bon nombre d’entre eux se préparaient pour différentes courses. Certains, se préparaient notamment pour le semi-marathon de Genève et ils m’ont proposé d’y participer. Je me suis dit « pourquoi pas », surtout que je viens de fêter mes 30 ans et que je suis transplanté depuis environ 12 ans. Ça peut être un joli défi à ce stade de ma vie.Muamar lors du semi-marathon

La course n’a vraiment pas été facile, surtout les six derniers kilomètres où tout se passe dans le mental.

Durant cet effort, j’ai eu le temps de beaucoup repenser à tout ce que je vous ai décrit précédemment, ce qui a évidemment rempli mon cœur de joie lorsque je réalisais ce que j’étais en train de faire.

Dans la vie d’un ou d’une transplanté(e), il y a forcément des hauts, des bas, des cicatrices, des bons souvenirs, des craintes mais surtout de l’espoir. Le plus important c’est de toujours se rappeler d’où l’on vient et pourquoi on se bat. Muamar médaillé du semi-marathon en compagnie de son pèrePour conclure, je tiens à remercier du fond du cœur la Doctoresse Karine Hadaya et le reste de l’équipe de néphrologie qui, depuis mes 18 ans, ont toujours été là pour me soutenir.

Muamer Mustajbegovic

Pascale Lefuel

Publié par Pascale Lefuel

Infirmière spécialiste clinique de néphrologie.

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