« Le serment d’Hippocrate… des patients »… témoignage

Bernadette Gombert le 5 août 2016
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Mr Muñoz de la Mata dans le jardin des HUG (Photo nephrohug)

Mr  Muñoz de la Mata est en hémodialyse, dans notre centre des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) depuis 2014. Par le témoignage suivant, il nous livre ses réflexions intimes sur son parcours de santé.  Je l’en remercie infiniment.

« La lecture du message de Pascale Lefuel a fait resurgir de ma mémoire une étape décisive de ma vie de patient…souvent impatient.

Il y a près de trois ans, une excellente Docteure a décelé que j’étais atteint par la maladie de Waldenström. Laquelle naît dans la moelle osseuse. Or, c’est dans son tissu que sont produits les lymphocytes B. Ces cellules font partie des globules blancs du sang.

Ce diagnostic a entraîné mon hospitalisation. Du point de vue médical j’ai alors fait l’objet d’un suivi permanent.

Mais, j’ai vécu ce tsunami psychologique comme un préambule de ma disparition physique. D’autant plus que, sur le plan personnel, j’avais été, auparavant, dépossédé du fruit de mon travail de libraire-éditeur.

Je suis resté cloué à mon lit. L’équipe des médecins et des infirmières n’a cessé de m’apporter ses soins, en luttant contre mon anémie. Et en m’apportant des médicaments destinés à  améliorer mon état clinique ainsi que la maintenance de l’hygiène qui concernait toutes les manifestations de mon corps. Malgré sa compétence et son altérité, cette équipe n’avait d’autre possibilité, pour me maintenir en vie, que de m’alimenter par une sonde.

Les amis qui sont venus me voir, ainsi que ma propre fille, pouvaient à bon droit, considérer qu’ils ne me verraient plus jamais hors de l’hôpital.

Après de longs mois, il s’est produit, dans mon parcours, un événement  banal dans son déroulement, mais déterminant, dans ma condition d’incurable, ressassant les échecs qui ont jalonné mon parcours.

Et voici qu’un jour, apparemment semblable à tous les autres, une jeune fille s’est approchée de mon lit. Elle m’a exposé qu’elle était stagiaire dans le Service dans lequel j’étais hébergé. D’aucuns lui avaient relaté ma trajectoire sur les plans professionnels et ceux de ma maladie.

Très convaincante, elle m’a offert son bras pour que je fasse quelques pas dans le couloir. J’ai accepté.

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Arrivés devant un ascenseur, elle m’a engagé à descendre au rez-de-chaussée. Puis elle m’a réitéré l’assurance qu’elle veillerait à ce que mon retour dans ma chambre se passerait bien. Nous sommes alors sortis dans un jardin des HUG qui paraissait un immense bouquet fleuri.

Enfin, cette jeune femme m’a reconduit jusqu’à mon lit. Cette incursion au pied d’arbres porteurs de bourgeons, parmi des parterres de multiples fleurs a déclenché ma complicité avec la vie qui s’était assoupie au fond de mon être.

J’ignore le nom de mon Ariane d’un jour et ne la reconnaîtrais pas spontanément si, d’aventure, je la croisais. Mais elle m’a apporté la marée montante de la vie.

Je lui dois de pouvoir, à partir de son intervention, suivre, d’avance, l’impérieux conseil de Pascale, engageant les patients lecteurs de son blog à «bouger». J’ai, pour cela, bénéficié de la bienveillance du médecin dont dépendait l’autorisation de retourner vivre à mon domicile. Tout en me rendant trois fois par semaine à l’Hôpital Cantonal de Genève, pour les séances de dialyse consistant à faire exécuter par un appareil le travail que mes reins se refusent à effectuer. Faute de quoi je disparaîtrais à bref délai.

Par contre, je peux effectuer mes courses, sans le secours d’une canne. Ainsi que d’effectuer des incursions au Jardin Botanique, aux Bains des Pâquis et de multiples autres lieux de la ville de Genève. Ville dont José Luis  Borges considérait qu’il envisageait comme une amputation l’idée de la quitter. A l’instar du célèbre écrivain argentin, je tiens Genève pour ma troisième patrie. Après ma chère Espagne et ma, non moins chère France. Dans le même temps, toujours comme lui, je considère que je suis citoyen du monde…ce qui est encore une manière de «bouger» sans cesse, intellectuellement.

Aussi, je crois que les malades, mes frères ès-douleur, devraient souscrire à un complément  au célèbre Serment d’Hippocrate. Qui constitue, comme l’on sait, la «Bible» des «Hommes en blanc». Dans la version qui m’est connue celui-ci se termine par un engagement moral: «Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses»

Aussi j’appelle de mes vœux l’addition d’une apostille qui dirait:

«Nous, malades du monde entier, destinataires des soins régis par le Serment d’Hippocrate, souscrivons à ses attendus et proclamons notre estime aux femmes et aux hommes qui exercent la médecine avec l’obstination de sauver les vies de leurs patient(e)s»

Nicolas Muñoz de la Mata

https://fr.wikipedia.org/wiki/Maladie_de_Waldenstr%C3%B6m

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alt%C3%A9rit%C3%A9

https://fr.wikipedia.org/wiki/Serment_d%27Hippocrate

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jorge_Luis_Borges

 

Publié par Bernadette Gombert

2 commentaires

  1. C’est un très beau et touchant témoignage, bravo Monsieur !

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  2. Belle apostille qui nous émoustille.
    Un bel hommage aux Soignants.
    Merci.

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