COVID-19 et les patients insuffisants rénaux : situation aux HUG

Pascale Lefuel Pascale Lefuel le 17 mars 2020

Communiqué du Pr P.Y MARTIN, chef de service de la Néphrologie aux HUG photo Pr Martin

 

 

 

La situation a beaucoup changé depuis la dernière communication sur ce blog. Le prof. Jean Villard fait un rappel du virus dans un texte séparé. Des mesures d’urgence sont prises en France et en Suisse, très similaires, sauf que la France impose le confinement, soit une limite encore plus contraignante que la Suisse. Qu’est-ce que cela signifie pour les patients insuffisants rénaux  ? Et est-ce que cela signifie que leurs risques par rapport à la population générale a augmenté ?

La propagation du virus se traduit par un risque augmenté de contamination et dès lors, comme le patient insuffisant rénal est dans la catégorie des personnes à risque, son risque augmente de manière significative.
Nous avons un patient en dialyse péritonéale qui est positif COVID-19 mais qui va bien, et plusieurs patients en cours de dépistage. Plusieurs patients insuffisants rénaux sont contaminés en Suisse. De nombreuses recommandations de prise en charge des patients en dialyse et transplantés ont été édictées sur les sites des sociétés savantes (SFNDT ; ERA-NDT ; SFT ; ASN) et nous les suivons pour la prise en charge des patients. Le fil rouge de ces recommandations est le respect au plus proche des précautions de base qui sont largement diffusées.

Plus spécifiquement pour les patients hémodialysés : nous demandons à tous les patients de nous signaler tout symptôme évocateur (fièvre, toux, difficultés de respirer). Dans ces conditions le port du masque est imposé comme en cas de notion de contact avec une personne malade. Des désinfectants et masques sont à disposition à l’entrée du centre. Nous dépistons tous les patients avec des symptômes.

Dans la station de dialyse, tout le personnel soignant porte des masques pour s’occuper des patients. L’éloignement entre les patients hémodialysés doit être au minimum de 2 mètres. Si un patient hémodialysé est COVID-19 positif, il est dialysé dans un isolement avec les mesures contact (blouses, gants, masques). Si nécessaire, un cohortage des patients COVID-19 sera concentré sur un goupe de dialyse permettant ensuite la désinfection. Les critères d’hospitalisation sont les mêmes que pour les autres patients avec une vigilance particulière concernant les symptômes respiratoires et le risque rapide de dégradation. Nous n’hospitalisons pas d’office tout patient hémodialysé COVID-19 positif, mais certains centres comme ceux de Milan le font. Sur ce point, les recommandations divergent et notre attitude reste de privilégier la quarantaine à domicile comme cela se fait dans notre canton. Cette attitude sera adaptée selon l’évolution et nous ne prendrons pas de risques. Dans la mesure des stocks disponibles, nous donnons des masques si des patients sont à risque d’être en contact rapproché obligatoire par exemple dans les transports publics.

En ce qui concerne les patients greffés et en dialyse péritonéale, le traitement de base est inchangé y compris les médicaments immunosuppresseurs. Nous faisons tout ce qui est possible par téléphone ou téléconférence pour éviter les déplacements et la venue à l’hôpital. Nous leur conseillons de rester à la maison et en cas d’emploi, de faire du télétravail ou de ne pas travailler. Tout patient avec symptômes est dépisté et doit porter un masque. Nous n’avons pas d’évidence que les patients greffés rénaux sont plus susceptibles d’être contaminés par le virus. En cas de contamination, le risque de pneumonie semble augmenté et la vigilance doit être extrême avec hospitalisation si signes de pneumonie. Dans ces situations, la diminution du traitement immunosuppresseur doit être envisagée. Nous avons stoppé le programme de greffes rénales.

Par rapport aux médicaments qui suscitent des craintes comme les anti-inflammatoires. Nous ne prescrivons pas d’AINS (ibuprofène, etc…).
Nous ne modifions pas le traitement immunosuppresseur de base y compris la cortisone. En revanche, nous sommes attentifs à minimiser si possible le traitement et, à moins de circonstances particulières, nous ne le renforçons pas. De même, nous n’arrêtons pas les médicaments qui inhibent le système rénine angiotensine comme les IEC (inhibiteurs de l’enzyme de conversion : enalapril, etc…) ou les sartans (losartan, etc…) car les données qui font suspecter un rôle délétère sont insuffisantes.

Nous sommes en contact avec les fournisseurs de médicaments immunosuppresseurs qui nous assurent qu’il n’y a pas de problème de stock et nous ne conseillons pas de faire des réserves de médicaments.

Nous sommes également attentifs vis-à-vis des patients avec une insuffisance rénale chronique moins sévère. L’insuffisance rénale chronique lorsqu’elle est au stade 4 (débit de filtration glomérulaire < 30 ml/min/1.73m2) est un facteur de risque surtout que la majorité de nos patients sont âgés de plus de 65 ans. Une insuffisance rénale modérée (stade 3, 2 ou 1 >30ml/min/1.73m2 ou supérieur) n’a probablement pas de conséquence mais nous encourageons aussi à la prudence. Nous sommes particulièrement attentifs aux patients, y compris les jeunes, avec syndrome néphrotique (protéinurie importante) qui présente probablement un risque augmenté. Ceci est également valable pour les patients qui sont traités par des immunosuppresseurs pour une maladie immunologique comme le lupus (LED) ou d’autres maladies auto-immunes. Pour tous ces patients, nous avons les mêmes recommandations et nous essayons, dans la mesure du possible, de leur éviter des déplacements à l’hôpital ou en cabinet tout en garantissant la même qualité de soins et de suivi.

Il faut savoir également parmi les patients COVID-19 qui nécessitent une prise en charge aux soins intensifs pour une détresse respiratoire sévère développent dans 20 à 30% des cas une insuffisance rénale aigue. C’est un facteur de mauvais pronostic. Les réanimateurs doivent donc dialysés ces patients aux soins intensifs et le personnel médico-soignant de dialyse pourrait être mis à contribution si le nombre augmente.

Voilà, en quelques mots, l’état de la situation, qui est sensiblement le même dans toute la Suisse. Nous sommes en état de vigilance maximal car nous prévoyons une augmentation des cas sur les prochaines semaines et nous nous attendons à avoir des patients insuffisants rénaux avec une maladie COVID-19. Nous restons également à disposition des patients pour toute question afin de les aider au mieux à gérer cette situation très difficile et stressante.

Pascale Lefuel

Publié par Pascale Lefuel

Infirmière spécialiste clinique de néphrologie.

14 commentaires

  1. Avatar

    Bonjour, pourquoi laisser une adresse mail si on ne reçoit aucune nouvelle par ce biais et qu’il faille ouvrir le blog tout les jours pour avoir des nouvelles ? Pour finir il faut rester actif et consulter son médecin néphrologue pour avoir des informations la veille en général. Quant on travaille, alors qu’on doivent déjà rester sur le qui-vive toute la journée. Je ne trouve pas ça très utile.

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    1. Pascale Lefuel

      Bonjour Monsieur,
      Afin de transmettre une information claire et précise sur la situation actuelle, le blog est mis à jour régulièrement et permet aux patients de s’informer.
      Nous essayons autant que possible de répondre par téléphone, par mail ou par le blog… Mais les soignants sont amenés à modifier leur organisation et je vous remercie de votre compréhension.
      Vous trouverez les dernières recommandations transmises par le Pr MARTIN dans le dernier communiqué du 17/03/2020. Si vous travaillez et que vous êtes un patient à risque il vous est conseillé de rester à la maison.
      Vous pouvez voir avec votre néphrologue pour vous transmettre un arrêt de travail durant cette période d’épidémie.
      Cordialement.

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    Richème Philippe 18 mars 2020 à 13 h 28 min

    Merci pour ces précieuses infirmations 👍🙋‍♂️

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    Bonjour, je suis déjà à confié à la maison depuis deux jours. Je constate que le service de mails est enfin activé et vous en remercie. J’en ait reçu 2 aujourd’hui.

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    Merci au Professeur Martin et à Mme Pascale Lefuel pour ces précieux conseils

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    manuel LEUTHOLD 19 mars 2020 à 17 h 30 min

    Merci pour ces informations très claires et pertinentes.
    Manuel Leuthold

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    Ponard Ravanel Dominique 22 mars 2020 à 5 h 28 min

    Bonjour
    Je pense à vous tous, soignants et patients. Je vous adresse mes plus affectueuses pensées. Cette période si difficile pour beaucoup vient leur compliquer et désorganiser leur vie. Je souhaite à chacun, là où il est, de trouver force et amour pour avancer malgré tout.
    Je vous embrasse bien fort

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    1. Pascale Lefuel

      Un grand merci Dominique pour ton soutien ! Avec mes meilleurs souvenirs.
      Amicalement

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    Merci pour ces conseils et ces informations très pertinentes.

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    Merci pour ces conseils et ces informations pertinentes.

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    Bonjour,
    J’ai vu qu’une étude récente à laquelle a participé dr Berney (entre autres) vient d’être publiée. De même une autre étude Suisse dans la Revue « Revmed ». Même si elles sont préliminaires, ces études sont un peu plus optimistes que les dernières recommandations publiées sur ce blog. Serait-il possible d’avoir une mise à jour du professeur Martin sur l’état des recherches actuelles sur les transplantés rénaux et le covid-19? Il est vrai qu’en ces temps de deconfinement, j’aurais bien besoin de savoir comment les greffés rénaux doivent procéder pour conserver leur activité professionnelle, leur vie de famille, un semblant de vie sociale, sans pour autant se mettre en danger?

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      Je vois que les Hug viennent de publier un communiqué de presse plutôt rassurant dont j’imagine que le professeur Martin reprendra le contenu ici? Merci infiniment pour ce communiqué et ces nouvelles.

      https://www.hug-ge.ch/medias/communique-presse/covid-19-immunosuppression-donnees-rassurantes-sur

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      1. Pascale Lefuel

        Chère Madame,

        Je vous prie de m’excuser de ma réponse tardive, Mme Lefuel m’ayant demandé de vous répondre à la réception de votre courriel. Etant directeur du Département de Médecine, très impliqué dans la gestion hospitalière de la crise, j’ai été un peu débordé ces jours.
        Vos questions sont très pertinentes et vous êtes très bien informées. La difficulté dans cette pandémie est que les informations varient d’un pays à l’autre en ce qui concerne les patients immunosupprimés et plus particulièrement les transplantés.
        En Suisse, les données récoltés par la cohorte suisse de transplantation sont rassurantes sur plusieurs aspects : très peu de cas reportés : 21 personnes dans la période observée (jusqu’au 6 avril) dont 10 transplantés rénaux. 2 décès chez des personnes de plus de 70 ans avec des autres facteurs de risques.
        Depuis lors, d’autres cas ont été rapportés, mais de faible gravité même si je n’ai pas encore les descriptions de tous les cas. Cela nous permet en Suisse de conclure que les patients transplantés n’ont pas été plus susceptibles d’avoir le COVID et que, si infectés, le risque de complications graves, voire de mourir, n’était pas plus élevé que le risque d’une population du même âge (je vous met le communiqué des HUG).
        C’est ce que nous avons aussi observé à Genève où nous avons eu un patient greffé rénal qui a dû allé aux soins intensifs mais il a survécu. Les autres personnes transplantés ayant contracté le COVID ont très bien évolué, nombreuses pouvant même éviter l’hospitalisation.

        En cette période de déconfinement accéléré, vous pouvez être rassurée car le taux de personnes infectées est très faible, en moyenne 0 à 3 cas détectés ces derniers jours à Genève sur plus de 150 personnes testées par jour.
        Néanmoins, les précautions restent les mêmes, à savoir, garder une certaine distance, portez le masque si vous êtes dans un environnement oû la distance n’est pas possible, désinfection des mains fréquentes et éviter les contacts avec des personnes qui ont des symptômes respiratoires. Le retour des écoles, hormis deux cas décrit en Suisse Allemande, ne s’est pas accompagné d’infections chez les enfants. Avec les précautions actuelles au niveau des commerces, on arrive à respecter les consignes, de même que dans les restaurants. L’ouverture des cinémas, théatres, piscines, etc…est plus problématique car dans des espaces confinés la distance sera plus difficile. Le port du masque est indiqué à mon avis dans la mesure du possible. Une attitude prudente serait de limiter encore les sorties dans ces endroits avec rassemblements de plus de 10-20 personnes ou de porter un masque. Tout ce qui se fait à l’air libre, vélo, promenade, etc… est possible. Transports publics, même recommandations, masques si beaucoup de personnes et désinfection ou lavages des mains.
        Nous sommes conscients que le déconfinement va s’accompagner d’une réaugmentation des infections mais nous pensons que cette augmentation sera faible, sans commune mesure avec la première vague et beaucoup moins rapide. Si nous pouvons assurer un dépistage large, nous pourrons identifier rapidement les foyers d’épidémie et prendre des mesures de confinement ciblées pour éviter la propagation.
        Ceci est valable pour la Suisse et nous devons attendre ce qui se passe dans les pays voisins et les conséquences de la réouverture des frontières. Actuellement, je ne suis pas favorable pour les personnes transplantées, même avec les résultats rassurants, à des voyages en dehors de la Suisse. Je pense qu’il faut se donner encore quelques mois (jusqu’à septembre ?) pour évaluer les risques.
        Voilà en quelques mots mes recommandations que je vais transcrire sur le blog prochainement. Comme vous l’avez constaté, certaines vérités changent très vite avec cette maladie et nous devrons adapter nos comportements à ces changements.
        Ce qui est sûr, c’est que à Genève, à ce jour, le virus est à son plus bas.

        Avec mes cordiaux messages

        Professeur Pierre-Yves Martin
        médecin-chef de service de Néphrologie
        Directeur hospitalier du Département de Médecine
        HUG

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        1. Pascale Lefuel

          Bonjour Monsieur,
          Mon conjoint Stéphane Kadoch et moi-même sommes très impressionnés par la disponibilité dont vous nous avez fait preuve en me répondant aussi précisément . Nous vous remercions du fond du cœur de tant d’attention à nos préoccupations.
          Nous en profitons pour vous remercier de la qualité des soins dans votre service et de la bienveillance et du professionnalisme de votre personnel.
          Un immense merci à Mme Lefuel également, qui est toujours à l’écoute de nos demandes.

          En vous priant d’agréer nos salutations les meilleures,

          Sonia Angelil et Stéphane Kadoch

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