Incivilités en dialyse : la colère et la révolte

Avatar Bernadette Gombert le 10 juin 2015

Accepter l’insuffisance rénale et d’autant plus la mise en dialyse est difficile. Le fait de perdre la santé telle qu’on la connaissait « avant » peut se traduire par un sentiment d’injustice, aussi par de la colère et même quelquefois par  de la révolte.

j'en peux plus

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Aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) nous connaissons beaucoup de patients en situation de « prédialyse ». C’est-à-dire que la dialyse va devenir obligatoire si l’on veut vivre. Quelquefois, le patient se sent très fâché, et ce sentiment de frustration peut signifier que peu à peu le patient prend conscience de la réalité liée à la maladie chronique. Pour le patient, l’idéal est d’exprimer cet emportement sans heurter les autres. Malheureusement, quelquefois les conjoints ou les proches des patients sont des « boucs émissaires » et ils se font « rudoyer » plus ou moins fortement par le patient. Pour aider la personne  à mieux gérer sa révolte, on peut lui demander de reconnaître ses propres manifestations de colère, sans le blâmer. Lui demander aussi d’exprimer ses émotions sans crier, lui permettre de pleurer.

agression

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Quelquefois c’est envers les équipes soignantes que ce courroux se tourne. Les infirmières d’hémodialyse et les médecins néphrologues connaissent bien cette situation et les « incidents » arrivent de temps en temps, surtout si le soignant n’a pas été formé pour « gérer » une colère qui peut être brutale verbalement, voire physiquement.

Dans le service de dialyse des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG), un groupe nommé « Groupe Incidents* » s’est penché sur ce sujet pour trouver ensemble une attitude qui tenterait à calmer et désamorcer plutôt qu’à envenimer une situation. Le contexte particulier de l’hémodialyse constitue également un environnement à risque de situation violente. La fréquence, la durée et toutes les contraintes liées au traitement ainsi que la promiscuité représentent des facteurs de stress qui peuvent déclencher l’expression verbale ou physique de ces sentiments de colère et d’impuissance.

Photo: www.psychologies.com

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Le groupe a mis en place une procédure de gestions de situations d’incivilités D’abord il est important de reconnaître très vite, dès qu’il arrive, le patient qui pourrait devenir agressif : Il est agité, il marche de long en large, frappe dans ses mains…Il est perturbateur, il crie, hurle, fait du tapage, dérange les autres. L’objectif est alors de désamorcer la situation par la négociation. L’infirmière en charge du patient doit être calme et professionnelle. Elle essaie établir le contact et demande au patient agité de formuler clairement ses difficultés. Elle tente de trouver une solution simple et doit appeler l’infirmière responsable du service qui évaluera la situation. Le patient ne sera branché à sa machine de dialyse que lorsque le conflit est apaisé. L’infirmière chef et les médecins du centre peuvent prendre de manière consensuelle la décision de sursoir à la dialyse. Une situation inquiétante est heureusement exceptionnelle, mais si un patient devenait menaçant, en brisant des objets, en les jetant vers les gens, l’objectif est alors d’assurer la sécurité des soignants, des autres patients et de la personne violente elle-même. Cette situation est extrêmement rare et elle demande une réaction rapide, adéquate et calme de la part des soignants. Les agents de sécurité peuvent être appelés. Et il doit y avoir ensuite, quand la situation est redevenue calme, un debriefing avec les autres patients présents, tous les soignants et un psychiatre. Un rapport « d’incident » doit être rédigé.

Voir aussi l’article sur notre charte en hémodialyse (article du 5 décembre 2014)

Merci au Dr Thomas Ernandez d’avoir relu et complété mon article

Le « Groupe Incidents* des HUG» est composé de I. Blasselle, C. Gonthier, P. Lefuel, infirmières en dialyse, F. Raimbault infirmière responsable du service de dialyse, M.Mourin, aide-soignante, F. Rosnoblet, technicien en dialyse, Dr C.Stoermann, médecin-adjoint et T.Ernandez, Néphrologues.

Image HUG

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Publié par Bernadette Gombert

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